POURQUOI EN « AFRIQUE FRANCOPHONE » NOS UNIVERSITAIRES TENDENT A S’EXPRIMER POUR ÉPATER LES ÉTUDIANTS ET LE PUBLIC, AU LIEU DE LES INSTRUIRE..

 

La seule explication se trouve être dans ce qui convient d’appeler le « syndrome de l’imposteur ». Le Cameroun a cette particularité singulière en son genre de célébrer des discours pendants et vides en substance. On assiste à une sorte de compétition vers les mots recherchés et rares pour impressionner son auditoire incapable de faire l’économie de la substance du discours proposé. Cela participe à normaliser une classe atypique de soliloque dans lequel l’universitaire étale un jargon étrange devant une audience médusée et perdue. A la fin, on se demande à quoi sert finalement une communication qui n’a pas réussi en édifier 97% de ceux à qui nous nous adressons.

Dans chaque communication destinée au public, il faut exploiter la technique que l’on appelle l’art de la persuasion qui distingue sept étapes:

1. La répétition est la clef pour capter l’attention des gens qui vous écoutent.

Plusieurs leaders politiques ont souvent naïvement cru que leur passion seule suffit pour causer l’adhésion à leur message à l’ère des réseaux sociaux qui créent le superflu de l’information. En réalité, les Camerounais ont développé un système de filtre pour ignorer des propagandes jusqu’à ce qu’ils écoutent ces messages plusieurs fois par écrit et dans les discours. Voilà pourquoi les clans idéologiques échouent à convaincre les Camerounais. Le sentiment anti Français est du grand au Cameroun, paradoxalement tout le monde rêve vivre un « week-end à Paris ». Les discours panafricains et anti français sont populistes mais jamais ne peuvent se transformer en un électoral loyal et sûr à cause de la dissonance que reflète le discours panafricaniste. Modulez votre discours en sorte qu’il soit pratique et pragmatique en répétant les formules simples capables de forcer l’adhésion.

2. Construisez un message ou un texte qui a un contexte adéquat et digeste pour les destinataires de votre message.

Dans le contexte Camerounais, il s’agit d’adapter votre message à la situation de chaque personne qui vous écoute. Évitez les concepts abstraits et techniques qui pourraient apparaître comme un effort gratuit d’impressionner ou d’éconduire votre audience avec votre intelligence. Utilisez les phrases simples autant que faire ce peut au lieu des termes flous qui ne facilitent point la compréhension. Votre grande capacité de persuasion réside dans votre style digeste et facile à comprendre. N’oubliez pas, votre mission est de transmettre un savoir complexe en de mots simples qui traduisent votre maitrise du sujet sur vous transmettez avec humilité et dévotion en bon pédagogue. Vous n’êtes pas en compétition avec ceux qui vous écoutent.

3. Utilisez des anecdotes contrastées pour illustrer l’impact de votre présentation.

Les anecdotes sont parfois plus convaincantes que les simples descriptions des faits. Si vous pouvez intégrer directement ceux qui vous écoutent dans votre histoire, l’impact potentiel de votre message sera plus poignant. Le pouvoir des contrastes, ou la comparaison des résultats, est une technique effective de persuasion d’abandonner les idées anciennes pour embrasser les nouvelles. Le progrès nécessite la créativité et pour cela vous avez besoin de convaincre votre auditoire avec des démonstrations poignantes et convaincantes. C’est à vous de prouvez que vous comprenez profondément votre audience.
4. Personnalisez votre message de manière à ce qu’il corresponde à la situation sociologique de ceux qui reçoivent votre message.
Que vous vous adressiez aux dirigeants, aux paysans, aux investisseurs ou tout simplement aux consommateurs, vous devez d’abord chercher à comprendre leur intérêt dans l’idée que vous développez. Si ces personnes sont intuitives et créatives, évitez de les frapper avec un discours analytique ou logique. Établissez une relation entre ces personnes et votre message. Faites une analyse de votre audience pour adapter votre message à leur niveau de compréhension qui tienne compte de leurs intérêts respectifs. Dans le cas du Cameroun, la majorité ont peur du changement à cause de l’incertitude du lendemain de la chute d’un régime dictatorial et policier qui règne dans la terreur. Votre rôle consiste à procéder à une démonstration concrète de comment le changement présage un nouveau départ pour tout le prix dans la paix et la concorde sociale. Tout discours belliqueux ou discriminatoire dans ce contexte ne peut rassurer grand nombre de Camerounais qui ont peur de la guerre. La peur de l’inconnu et de la guerre pousse les gens dans leur majorité à embrasser le statut quo.

5. Utilisez les amis et les conseillers comme sources d’introduction chaleureuse de votre idée ou idéologie.
Chaque personne est plus à l’aise à écouter et a croire aux nouvelles idées de quelqu’un qu’ils maîtrisent, naturellement s’ils ont une connection naturelle avec l’expertise et l’expérience de celui qui les introduit aux nouveaux concepts. Même si cette manière de procéder prend du temps, votre crédibilité et l’impact que vous gagnerez méritent ce coup. Voici l’instance où la diversité ethnique au Cameroun peut être mise à profit. Chaque leader politique doit recruter des lieutenants et conseillers dans chaque grand groupe ethnique de notre pays pour traduire sa vision politique en langue identitaire locale pour gagner plus de confiance au sein de la population. Voilà pourquoi je trouve des débats à la télévision chaque dimanche déconnecté de la réalité sociologique de notre pays. Ces vrais faux débats profitent à qui exactement dans l’arrière pays? Les vrais leaders de l’opposition pour moi sont ceux là qui ont déjà parcouru les 10 provinces du Cameroun pour toucher du doigt les réalités de l’arrière plan du pays. Les zones enclavées ont des déficits qu’il faudra trois décennies pour rattraper. En quoi sont ces zones concernés par nos discours pédants chaque dimanche?

6. Matérialisez votre idée en un prototype ou une démonstration.

Les gens ont tendance à toujours donner plus de crédibilité à quelque chose dont ils peuvent toucher et sentir. Loin des mots creux et les gestes de la main. Ce que vous visualiser dans votre esprit à travers vos yeux n’est pas du tout évident aux autres. Plus particulièrement les électeurs qui n’ont pas toujours la profondeur et l’expertise dans le domaine politique que vous représentez. C’est la dangereuse erreur que commettent les formations politiques lancées dans la course présidentielle de 2018. Quand l’on m’introduit un candidat comme déjà « président de la république en 2018 » sans me persuader de comment il rêve briser la machine de fraude électorale du RDPC, cela m’amuse et m’attriste en même temps parce qu’on vend là la peau de l’ours sans l’avoir tué. C’est vrai que chaque candidat doit être confiant de gagner les échéances prochaines, mais cela démobilise et démoralise l’électorat. C’est d’ailleurs cette extrême confiance qui a fait perdre Hilary Clinton en 2016.

7. Démontrez l’évidence du grand intérêt et de l’enthousiasme des autres qui ont appliqué votre idée.

Les médias sociaux de nos jour représentent un outil puissant pour tester vos idées avec moins de coup et risque. Il a aussi un impact significatif de reprendre et d’amplifier votre message de manière exponentielle. Le buzz est l’effet que produit un texte poignant sur les internautes. La preuve, 1000 personnes qui répondent positivement à notre message prouve l’effectivité de celui-ci dans la mesure où votre seule voix ne peut convaincre assez de monde à cette vitesse.

Voilà ce qui explique la psychose du régime Biya face aux réseaux sociaux. Les propagandistes de Biya pilotés par l’actuel ministre de communication à l’instar des initiateurs du mouvement 11 millions d’électeurs cherchaient à créer le buzz et la distraction autour de Cabral Libii pour noyer le message de toute l’opposition traditionnelle. Mais la convention du MRC est venu stoppé ce buzz fictif. Ce qui a déclenché l’hystérie parmi les faucons du régime RDPC qui se sont déchaînés contre le leader du MRC. Créant des réactions vives et des contre réactions. L’entrée en campagne du candidat du SDF a été plutôt timide et risque ne pas être à son avantage à cause du rejet complaisant de toute idée d’une probable coalition. Le leader de l’AFP lui a complètement disparu de la scène politique à cause des voyages répétés à l’étranger comme si cela va se jouer à l’extérieur du triangle national.

A la fin, le leader politique Camerounais à même de mieux convaincre les Camerounais sera celui qui adaptera son discours politique aux défis de l’heure. Le crise anglophone d’abord. Ce n’est pas un épiphénomène. Le candidat courageux capable d’embrasser les taureaux par les cornes pour aborder les questions de fond sur la forme de l’état, qu’il soit fédéraliste ou décentralisé va capter le plus grand nombres d’adhérents. Celui qui se positionnera en rassembleur pourra rassurer la majeure partie de l’électorat. Et si ce dernier peut se déployer sur tout le territoire, il risque gagner la confiance de beaucoup de Camerounais préoccupés par la crise anglophone. Les Camerounais veulent suivent le leader capable d’incarner le changement et surtout de le matérialiser. Ils sont prêts à sponsoriser le candidat qui a fait ses preuves, c’est à dire quelqu’un prêt à reconstruire le Cameroun comme un bon technocrate et père de famille.

Par conséquent, tout ambition nationale doit commencer par une passion pour une vision du Cameroun. Puis vient le plus difficile, convaincre les autres Camerounais sur le triangle national de la pertinence d’une telle vision pour les amener à y adhérer. D’après certains experts en communication politique, la persuasion est une expertise cruciale dont vous avez besoin pour réussir à convaincre le maximum de personne à vous accompagner vers le changement de manière satisfaisante.

Nos politistes et analystes politiques ont ils toujours ce pouvoir de persuasion dans leurs textes truffés de jargons techniques qui ne soient à la portée des Camerounais ordinaires?

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