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Leadership de service : Une urgence pour les administrations publiques

L’un des problèmes qui grippe la gouvernance nationale et empêche le développement est l’observation d’un leadership non motivant plaçant le chef d’équipe au centre de l’activité professionnelle. Les enjeux présents et futurs demandent une mutation urgente du management public camerounais

Depuis près d’une vingtaine d’années, les institutions de la République et surtout les entreprises parapubliques ne cessent de connaitre une décrépitude sans égal dans le milieu des affaires africains. D’autres pays du continent ne sont malheureusement pas en reste, et c’est ce qui peut expliquer leur position en queue de liste des pays les plus pauvres et les plus en difficulté dans les rapports Doing business, qui est une publication de comparaison des réglementations s’appliquant aux entreprises locales dans 190 économies de la planète.En effet, il faut bien remarquer dans ce même rapport Doing business 2017 que le Cameroun arrive à la 166e place sur les 190, le Nigéria 169e, le Tchad 180e, la Rdc 184e et la Rca à la 185e.

Ces indicateurs de gaucherie managériale, démontrent à suffisance que le leadership, pratiqué par les entreprises et surtout par les administrations publiques nationales en Afrique, au Cameroun en particulier, est nocif aux différents projets d’émergence nationale. Le droit Ohada s’est efforcé depuis octobre 1993, à assainir le milieu des affaires par l’amélioration du cadre juridique permettant l’émancipation des entreprises dans la sous-région, pour ce qui concerne le Cameroun. C’est un bon point. Pourtant, il n’est pas déterminant dans la production et la productivité des administrations publiques et parapubliques.

Muter ou mourir

L’urgence d’une mutation managériale totale se fait ressentir. Les Etats qui ont compris depuis quelques années les enjeux de ce changement de vision et l’abandon du classicisme économique sur le continent africain observent une montée en puissance fulgurante sur le plan économique avec un impact positif sur leur Pib. C’est, notamment le cas du Kenya, du Ghana et voire du Burundi qui observe un développement spectaculaire, respectivement  92e, 108e et 157e du rapport Doing business 2017.  Le cas du Burundi est très intéressant, notamment pour l’année 2016. 1ère place mondiale pour l’indicateur portant sur la création d’entreprise ; 8e position pour l’indicateur sur le transfert de propriété ; 17e pour deux indicateurs sur la protection des actionnaires minoritaires et le payement des taxes ; 27e pour deux indicateurs sur le commerce transfrontalier et  sur l’exécution des contrats.

En effet, il faut dire que le leadership de service est une pratique managériale qui fait du service l’élément central de l’activité professionnelle. Il s’agit de revenir au vieil adage qui dit que « le client est un roi ». La technostructure gouvernementale doit pouvoir intégrer cette vision à l’endroit de l’usager. Mettre en application la norme 9001 relative au service, par l’élaboration d’une série de protocoles visant à mettre en œuvre cette politique.

L’élaboration des protocoles vise dans le cas, à instaurer une « culture du service ». Celle-ci est sous la responsabilité directe des chefs d’entreprises ou des responsables des administrations publiques. Il appartient au leader de promouvoir la culture du service. Ceci passe par l’adoption de comportements nouveaux, avec la création d’une proximité avec les collaborateurs directs et éloignés. A cet effet, on peut trouver de nombreux avantages dans une administration au sein de laquelle le manager accorde une minute d’attention au vigile, descend permanemment dans les bureaux des collaborateurs peu importe le poste de travail, décide de s’y installer pour des heures, montre l’exemple dans toutes les activités, etc.

Un leadership mystifié

Au Cameroun, les choses ne peuvent pas mieux aller. Le leadership est moyenâgeux, à la limite apathique et exagérément démotivant. Les responsables des administrations publiques et parapubliques exercent un management directif. Ce dernier a la caractéristique d’être autocentré sur la créativité et l’innovation d’une seule personne qui semble tout connaitre. Il y a une absence totale de chaleur dans le travail.

En effet, le Cameroun est en tête des pays où le patronnât est exacerbé. Ministres, directeurs généraux, etc., jusqu’aux professeurs d’universités sont complètement déconnectés des collaborateurs. Il existe une sorte de « syndrome de la grosse voiture et de la grosse villa ». Ainsi, le dernier collaborateur que l’on traverse au quotidien sans adresser la moindre attention se sent exclus du projet d’entreprise. Il ne perçoit aucun besoin de servir ou de se mettre au service des usagers. Malgré des instructions venant de la hiérarchie, la production va se voir entachée de multiples résistances.

En définitive, les choses ne changeront pas d’elles-mêmes. Aucune campagne nationale sur la dynamisation du service public et parapublique n’aura le moindre effet sur le développement du pays. Il est indispensable que le leadership mute dans l’urgence.

Les 4 valeurs d’un bon leader

 

  1. Une vision

Tout leadership commence par la possession d’une vision. Le leader doit absolument en avoir une sur laquelle il compte bâtir son projet ou son mandat.  Il n’est pas obligé de la créer tout seul. S’il n’en a pas une, il peut s’approprier la vision de quelqu’un d’autre et en faire son cheval de bataille.

  1. Une influence

Un bon leader doit avoir une influence certaine. C’est une valeur qu’il doit utiliser pour permettre à son environnement d’épouser sa vision. Cela passe absolument par une proximité avec tous les collaborateurs. «Si tu veux convaincre quelqu’un, de construire un bateau avec toi, ne lui parle pas d’outils, de budgets et de plans ; partage ta passion de la mer.», dixit Antoine de Saint-Exupéry

  1. Une capacité au changement

Le plus dur à réaliser dans une administration, c’est de créer le changement. Le leader provoque le changement en inculquant l’esprit de challenge à ses équipes. Il les invite tout le temps à se comparer aux meilleurs. «Montrer l’exemple n’est pas la chose la plus importante pour influencer autrui. C’est la seule chose.», déclarait Albert Schweitzer

  1. Une responsabilisation effective

Un bon leader doit éviter de pratiquer le leadership directif. Il doit adapter son management aux situations de son administration. Eviter la monotonie et créer plusieurs activités en responsabilisant les personnels selon les activités et les projets. Eviter de reconduire les mêmes responsables tout le temps et exiger des résultats.

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