Education nationale: Quand la nation chiffonne ses faiseurs d’homme

Transport aérien Ccaa : le superviseur général
7 août 2017
YAOUNDE LA BELLE
7 août 2017

Education nationale: Quand la nation chiffonne ses faiseurs d’homme

Fin mars 2017, c’est la grogne totale au sein du corps enseignant de la cité capitale. Les experts de la craie d’une certaine expérience font du Sit-in devant les ministères en charge des Enseignements secondaires, des finances et de la Fonction publique pour réclamer des meilleures conditions de travail. Des aérés de salaires et autres primes non payées qui viennent remettre au goût du jour le traitement de peu de valeur dont sont victimes ceux qui pourtant affinent les esprits.

 La mobilisation du « Collectif des enseignants indignés » avait débuté depuis des mois dans les différents groupes des réseaux sociaux, avec pour mot d’ordre « no no pay no school ». Des correspondances ont été initiées en direction du ministère en charge des Enseignements secondaires, à l’effet de l’inviter à trouver une solution pour la prise en solde de ces enseignants qui, des années après leur prise de service, restaient toujours sans salaire et/ou sans primes, mais obligés d’être présents aux postes de travail. Aucune solution n’ayant été trouvée, le Collectif a décidé de passer à la phase suivante, un mouvement d’humeur traduit pas un sit-in massif de plus de 2000 enseignants dès le 27 mars, devant les Minfi, Minfopra et Minesec. Ce n’est qu’à ce moment que la primature entreprend de se saisir du dossier pour y apporter des promesses de solution. Quand une nation qui se veut émergente bafoue la dignité de ceux chargés d’inculquer les civilités, l’on se pose les questions sur le type de citoyen que l’on peut espérer obtenir.Discrimination notoire et plafond de verre

Le traitement des salariés de l’administration civile et militaire camerounaise, selon les catégories, présente le visage d’un mur de soutènement déjà bâti et immuable dans son ossature et dans sa structure. Pour essayer de la comprendre, il faudra d’abord la considérer comme définitivement immuable. A ce sujet, Jacques Ellul écrivait : «  Sans aucun doute, le motif le plus puissant qui pèse sur nous comme un structures de cette civilisation et de nous lancer dans la voie de la révolution nécessaire, c’est le respect du fait, il n’y a de jugement à porter sur lui, il n’y a qu’à s’incliner. Nous avons là le nœud de la véritable religion moderne : la n’interdit, le motif qui nous empêche de remettre en question la religion du fait acquis, in  Jacques Ellul, Réédition dans « Le défi et le nouveau », compilation de quatre ouvrages, 2007, p 39. En clair nous sommes dans un système d’une religion de l’acquis et du non contestable. Ainsi, donc, si pour les décideurs il a été pensé depuis longtemps que les enseignants seraient marginalisés dans la gestion du traitement salarial depuis toujours, en opposition aux personnels des forces armées et police ou des personnels diplômés de l’Ecole nationale d’Administration et de Magistrature (Enam), il en restera ainsi. Trois mois après le début de formation des hommes en tenue, ils ont déjà droit à une certaine prime et à un matricule. Pareillement, pendant qu’ils sont même encore en formation, les futurs fonctionnaires formés à l’Enam ont déjà une bourse dont le montant dépasse parfois le salaire de certains fonctionnaires en poste depuis des années.

En revanche, pour un jeune bachelier qui opte pour l’enseignement et qui rentre à l’Ecole normale supérieure (Ens) dans l’optique de devenir professeur de Lycée, il devra passer cinq ans sur les bancs et plus de trois ans parfois avant d’espérer toucher le moindre franc de la part de l’Etat, pour les plus chanceux. Parcours de combattant.

Au commencement l’école

« Chaque société a le type d’homme qu’elle souhaite promouvoir », dixit Jacques Ellul. En un mot, le moulage de chaque citoyen passe par l’éducation.

De fait, éducation vient du latin « ex-ducere », qui signifie « guider », « conduire hors ». Un éducateur, mieux un enseignant est un guide, un moule destiné à façonner l’être humain ; à le rendre sociable, tant il est vrai qu’à sa naissance, il est un être inachevé. Et cela est loin d’être une tâche facile, tant l’exercice est délicat et fastidieux. Lucien Malson dans son livre Les enfants sauvages, comme Sigmund Freud avec sa théorie du « ça » viennent démontrer à suffisance le rôle central de l’éducation et donc de l’enseignant dans la société, quelle qu’elle soit. Les éducateurs sont donc des personnes qui sont responsables de l’éclairage ou de l’obscurantisme au sein d’une société. Un médecin, responsable des vies, sera donc habile ou pas en fonction de l’exactitude ou du caractère biaisé des enseignements reçus. De même d’un ingénieur mal formé, on attendra de médiocres ponts, Etc. Les enseignants sont donc, au-delà de leur rôle de façonneur du « ça », ceux qui réveillent et surveillent la science, de laquelle dépend l’évolution de toute société. Il faut donc que le magister retrouve sa place centrale dans les considérations de gratitude de la part de l’Etat.

Au demeurant, c’est une aberration de penser l’émergence du Cameroun, tout en muselant ceux en charge du façonnement des émergents. Du traitement que l’on aura réservé aux hommes de la craie, toujours en perpétuelle recherche plus que tout autre corps, dépendra le sort des citoyens qui seront en charge de conduire les délicates affaires du pays demain. Il est donc plus qu’urgent que les « lignes rouges » ou la « religion de l’acquis » et de « l’immuable » bougent pour que ces hommes de la toge dont dépendent les repères de toute société retrouvent leur place sur l’échelle des valeurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *